Interview
Hrvoje Čale se souvient de la guerre
Posté le 16 Apr 2009 par cimbomparis
Dans le magazine officiel de Trabzonspor de mars 2009, le joueur croate du club de la mer noire, transféré l'été dernier du Dinamo Zagreb, s'exprime sur une période difficile de son pays : la guerre d'ex-Yougoslavie, et particulièrement le match qui, pour beaucoup, marque le début de ce conflit.Le 13 mai 1990, le Dinamo Zagreb reçoit l'Etoile Rouge de Belgrade au stade Maksimir, un match classé à haut risque à cause des tensions politiques existantes entre Serbes et Croates. Lors de ce match, le capitaine de l'équipe croate, Zvonimir Boban en réaction aux violences de la police yougoslave, majoritairement serbe, contre les supporters croates, assenera un coup de pied à un policier alors que les violences se poursuiveront dans les rues de Zagreb.
"Si seulement ce match ne s'était pas joué..." regrette Čale, qui était alors âgé entre 5 et 6 ans. Il précise "C'était à l'époque de l'éclatement de la Yougoslavie. Alors que le pays se divisait, que les peuples qui la composaient demandaient leur indépendance, les Serbes soutenaient la continuité de la Yougoslavie, qui était sous leur contrôle. Ce match est arrivé juste au moment où les débats s'enflammaient. Je pense que cette rencontre n'aurait jamais du être jouée."
Il explique :"Lors du match, les disputes avec la police ont dégénéré. Les supporters de l'Etoile Rouge ont commencé à insulter les supporters du Dinamo Zagreb. Se sentant provoqués, les supporters des tribunes voisines ont essayé d'escalader les barrières. Ce jour là, les forces de polices était majoritairement composées de serbes et la foule de supporters de Zagreb réussit à rentrer sur le terrain. Il y a eu évidemment une bataille entre les policiers et les supporters croates. Le plus choqué fut sans doute Boban qui, d'un coup, se précipitant devant a assené un coup de pied et un coup de poing à un policier. Ce geste de Boban l'a élevé au rang de divinité en Croatie.
Quand il est devenu clair que le match ne pourrait être joué, il a été annulé. Les incidents éclatés dans le stade se sont étendus aux rues. Les rues sont devenues un théâtre de guerre. J'étais petit, on raconte toujours cette histoire ainsi. Cet évènement annonçait la guerre. Encore aujourd'hui, les Croates en sont fiers et disent "Nous avons montré notre identité face aux Serbes.""
Čale explique également que de nombreux ultras du Dinamo Zagreb, les Bad Blue Boys sont partis à la guerre. "Ils sont partis se battre sur le front. Aujourd'hui à l'entrée du stade de Zagreb, il y a un monument érigé en souvenir des supporters du Dinamo morts au combat. Régulièrement, les supporters y viennent leur rendre hommage. J'ai commencé le football à 9 ans dans ce club, j'y ai joué 14 ans et je n'en fais donc pas partie, mais la Croatie se souvient d'eux avec respect. Nous avons toujours senti leur soutien à notre coté, et tout le monde ne parle d'eux qu'avec respect." Le père de Hrvoje Čale a aussi combattu : "Je me souviens qu'on est allé le chercher à la maison et qu'on la forcé à s'engager dans l'armée. Même s'il n'était pas sur la ligne de front, il y était. Il a vécu la guerre et ma famille en a souffert. Mon oncle s'est battu sur le front dans un commando. Beaucoup de gens, de ma famille ou parmi nos proches, sont partis à la guerre et ne sont jamais revenus...
Aujourd'hui, il y en a qui, logiquement, n'arrivent pas à retrouver leur équilibre. Vous pouvez aller dans n'importe quelle famille et vous y trouverez des gens qui vivent encore avec les traces et les dommages de la guerre. Nous avions une maison en Dalmatie et, l'été, nous nous y rendions pour nous baigner. Ces lieux ont été bombardés par les roquettes pendant la guerre et transformés en camps de réfugiés à la fin du conflit. On ne pouvait plus reconnaître la côte après. Lors de cette période, beaucoup de gens en Croatie sont devenus handicapés ou sont morts à cause des mines posées un peu partout. Encore aujourd'hui, des gens sont en victimes.
En 1997, le Dinamo a joué pour la première fois contre une équipe serbe. C'était le Partizan de Belgrade en tour préliminaire de la coupe de l'UEFA. On a perdu là bas. Mais au retour, dans un stade plein de 30 à 40 mille spectateurs, on s'est qualifié en gagnant 5-0. En Croatie, ce succès est considéré comme l'un des 3 plus importants de l'histoire. Après ce match, tout le monde avait la tête haute en Croatie."
Čale affirme que le seul moyen de son pays pour défendre son indépendance était la guerre "On y était forcé. En face, vous avez un ennemi qui vous attaque et vous êtes obligé de vous battre pour pouvoir transmettre votre territoire aux générations futures. Pourtant, je ne peux pas non plus dire que la guerre est une nécessité. En fait, si seulement les guerres n'existaient pas."
A propos de la possibilité envisagée actuellement de créer un championnat régional où évolueraient les équipes de l'ex-Yougoslavie, le joueur de Trabzonspor conclut : "Je ne crois pas qu'un tel championnat pourrait être créé car il y'a une très grande haine entre les supporters. Tant que cette haine ne sera pas effacée, il y aura des incidents à chaque match. Même si on peut y voir un heureux effort grâce aux valeurs de communion du sport, beaucoup de gens vivent encore avec le souvenir de la guerre. La guerre n'amène rien d'autre que la mort d'individus. Régler les sujets qui peuvent l'être par la discussion et la négociation par la guerre est la pire des choses. Ma famille, mon peuple et moi l'avons vécu et vu de près."
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